Pas de répit pour Alexis !

Un Tour de France, le parcours d’une reconversion
et le message de la Monnaie Libre

Des nouvelles d’Alexis,
notre apprenti paysan !

Depuis le 1er juin, Alexis a rejoint un couple de maraîchers près de Montauban pour la première étape de son tour de France.

Moi : Bonjour Alexis ! Comment vas-tu depuis notre dernier rendez-vous ?

Alexis : Salut Alexia, Très bien, prêt pour un nouvel entretien !

Moi : Tu viens donc de terminer ta première expérience dans la ferme maraîchère après deux mois et demi. Comment se passe ta nouvelle vie de maraîcher ?

Alexis : Apprenti maraîcher, n’exagérons rien ! Eh bien super car je suis en pleine forme. De plus, je suis aussi un peu sorti du contexte de travail de la terre. J’ai rendu visite à des boulangeries, des élevages porcins et des chantiers participatifs d’éco-construction.

Moi : Ah tiens ! C’était prévu ?

Alexis : Oui, quitte à être dans le sud ouest et proche des producteurs, j’avais l’idée de les rencontrer pour découvrir leur travail. Dans les fournils, j’ai participé à des fournées de pain et à leur distribution par camionnette. Quant aux élevages, j’ai pu assister l’éleveuse à l’alimentation des porcs noirs. Pour avoir mangé les produits, je peux dire que je les ai trouvés délicieux ! Pour les chantiers participatifs, c’est ma compagne qui s’intéresse de près à ce sujet. J’avais décidé de la rejoindre et de fait, je me suis aussi impliqué.

Moi : Je suppose que tu as pu partir parce qu’ils avaient des stagiaires ou des woofers…

Alexis : Oui, il y en a constamment ici. D’ailleurs, ils représentent un équivalent temps plein à l’année

Moi : Parle-nous de ta vie d’apprenti maraîcher. Comment te sens-tu ? Qu’est-ce que tu as appris ?

Alexis : Après deux mois et demi, je me sens toujours aussi paisible. Je me sens libre professionnellement Je parviens véritablement à vivre selon mes convictions. Un rythme de vie très lent où je profite du moment présent. Je prends le temps de l’observation. Concernant le travail de la terre, j’ai participé à la préparation des semis de choux pour l’hiver. Il faut en prendre soin quotidiennement et on n’hésite pas à se lever en pleine nuit pour les rentrer lors de gros orages ! Ce sont vraiment les bébés de la maison en ce moment ! Globalement, je participe à toutes les activités du cycle des plantes : semer, planter, repiquer, désherber, tutorer, récolter et préparer les paniers. Les activités d’irrigation et mécaniques sont conservées par les maraîchers car elles ne peuvent pas être correctement déléguées avec confiance. C’est là que je prends conscience de l’énorme investissement que ce métier nécessite. C’est beaucoup de travail et cela permet de relativiser le prix des légumes !

Moi : Il est vrai que manger bio n’est toujours pas à la portée de toutes les bourses…

Alexis : Malheureusement, l’agriculture industrielle très productiviste ne permet pas ni aux petits maraîchers ni aux installations familiales d’être compétitifs!

Moi : C’est sûr ! Un peu frustrant j’imagine… Comment lutter contre la concurrence déloyale, les subventions…

Alexis : Je rêve d’une agriculture saine et de qualité où les producteurs soient justement rémunérés pour vivre, faire vivre et non survivre comme c’est le cas aujourd’hui.

Moi : Oui, je comprends. Je pense que nous sommes nombreux à être d’accord avec ça. Quels sujets aimerais-tu abordé aujourd’hui ?

Alexis : J’aimerai aborder les trois thèmes suivants : la monnaie libre, la mention « Nature et Progrès » que j’ai découvert chez le maraîcher et enfin, partager des visions du futur.

Moi : Entendu ! Commençons par la monnaie libre.

Alexis : Je commence à en parler de plus en plus facilement. J’ai affiné mon argumentaire et de manière générale, j’explique en partant de la création monétaire qui en monnaie libre est égalitaire pour chaque être humain vivant contrairement à la monnaie dette.

Pour mon dernier jour à la ferme, j’ai eu l’occasion de présenter officiellement la monnaie libre à la ferme. Étaient présents les fermiers, des woofers et de la famille. J’utilise le terme officiellement car j’ai expliqué à l’aide de trois schémas sur un tableau blanc les principes de la monnaie libre et les présents étaient assis en cercle autour. Ce sujet a particulièrement piqué la curiosité du maraîcher. La notion de création monétaire dans une autre devise que l’euro l’a marqué. De son point de vue, l’euro est considéré comme « sale » en raison de sa provenance des industriels, multinationales et autres banques privées. L’idée d’un « revenu de base » en monnaie libre basée sur la caractéristique d’être vivant est louable mais il reste attaché à la vision « tout travail mérite salaire ». J’ai alors complété que la monnaie libre ne remet pas en cause cette vision.

Tout au long de mes rencontres, je glisse quelques mots sur l’existence de cette monnaie libre et de ses principes. Certaines personnes sont réceptives au sujet, d’autres moins. C’est comme des graines qui sont semées : on ne sait pas vraiment comment elles vont pousser ! Auprès des boulangers, je leur ai soufflé à l’oreille qu’ils pourraient produire quelques kilos de pains supplémentaires afin d’être vendus en monnaie libre. Il n’y a plus qu’à attendre la suite des événements !

J’ai eu l’occasion de présenter officiellement la monnaie libre à la ferme !

Alexis & Booba !

Moi : On espère un jour manger du pain libre ! Qu’as-tu appris sur la mention « Nature et Progrès » ?

Alexis : Qu’elle est la source du label Agriculture Biologique (AB) ! L’association Nature et Progrès (N&P) (http://www.natureetprogres.org/producteurs/professionnels_nature_progres.php) est apparue en 1964 dans la contestation de l’agriculture industrielle et chimique. Il est composé de producteurs, de transformateurs et de consommateurs formant un réseau de confiance. La mention est fondée sur une charte et un cahier des charges selon les productions. Ce qui m’a marqué, c’est qu’elle prend surtout en compte la démarche globale de la production. La ferme dans laquelle je suis est active dans ce réseau N&P et je suis rassuré de rencontrer les acteurs soucieux de la qualité de leurs produits et de leurs externalités. Les productions visitées (« Couleur des blés », « Au Pain Levé » et « GAEC des Pitchouns ») possèdent également cette mention. Quant au label AB, il a été fondé en 1985 sur l’interdiction d’utilisation de produits issus de la chimie de synthèse. Ce label est délivré par un organisme de certification indépendant. Désormais, je privilégie l’achat de produits sous mention N&P. Il existe également d’autres labels dont je ne connais pas encore les dessous (https://www.bioalaune.com/fr/actualite-bio/34029/grand-guide-des-labels-bio-en-france), mais ça ne saurait tarder !

Moi : Je m’étais renseigné sur la mention N&P afin de réaliser des produits cosmétiques et en effet, j’avais été convaincue par la qualité et l’éthique de ce label. Je crois vraiment que c’est celui qui reste vraiment authentique. Si je devais développer mon activité, je crois que c’est vers eux qui j’irai ! Il me semble qu’en suivant cette démarche, le futur serait plus vertueux pour la planète et le vivant qui l’occupe !

Alexis: Je suis tout à fait d’accord. En parlant de futur, je trouve intéressant d’en avoir une. Comme je l’avais expliqué dans les entretiens précédents, j’imagine un futur sombre où problèmes environnementaux, économiques et énergétiques vont se cumuler pour provoquer des dégâts humains. Cela ne représente que mon positionnement et mon intuition et c’est, entre autre, cet imaginaire m’a fait me bouger le cul de ma chaise roulante confortable de bureau d’études. La recherche d’une d’une vie simple et d’une autonomie alimentaire permettraient, pour moi, de faire face tranquillement à cet avenir. J’ai demandé aux maraîchers de partager leur vision du futur. Ils envisagent un problème d’accès à l’alimentation pour la population citadine. Cela va engendrer une tension sociale. Leur positionnement est qu’ils produisent cette alimentation et qu’ils savent se procurer à proximité de l’aide et de l’entraide. Je pense que c’est le concept de résilience qui transpire implicitement.

Moi : Merci pour tous ces éléments ! J’en suis très consciente également, c’est pourquoi cet été, avec mon compagnon nous avons décidé de nous installer sur son terrain. Nous avons lancé un jardin et il est question d’avoir quelques poules également car pour nous aussi l’autonomie alimentaire devient une priorité. On vient juste de réaliser nos premières conserves de ratatouilles !Ceci explique aussi mon relatif retard sur les publications ! D’autant que dans notre campagne, nous sommes desservis par les vautours ! Pas d’Internet ici ! Y a-t-il d’autres éléments que tu voudrais ajouter ?

Alexis: Oui, cela concerne un moyen que l’on utilise tous les jours et auquel on ne porte pas trop d’attention : la communication. Tout au long de mes rencontres, j’entends des jugements de type « c’est bien », « c’est mal », « tu as raison », « tu as tort » qui me rendent confus. Pourquoi ? Parce qu’à la remarque « tu as raison, c’est bien ce que tu fais », j’ai bien envie de répondre : « si c’est bien, alors pourquoi tu ne le fais pas maintenant ?… » mais je le garde pour moi ! Au contraire, je préfère expliquer que les raisons qui conduisent à mes actions qui proviennent de besoins et d’envies que je souhaite satisfaire. Lorsque je reçois des commentaires négatifs ou agressifs (du type « T’es bête, pourquoi as-tu démissionné ? Que vas-tu faire sans argent ? »), je ressens une colère et surtout une violence verbale gratuite. Je pourrai envoyer balader mon interlocuteur mais je préfère avoir une relation pacifique en partageant mon sentiment, mes besoins et mon projet de vie. Je m’inspire de la méthode de communication non violente afin d’avoir des échanges ouvertes et surtout sans violence. Je remarque que la violence verbale est omniprésente au quotidien et que la communication « normale » contribue à cette violence car l’on cherche à imposer une « morale » aux gens au lieu de les aider à réfléchir par eux-mêmes et à écouter leur émotions. Je pourrai encore en parler un certain temps mais ce sera pour une prochaine fois.

Moi: Je comprends ce que tu dis car j’essaie d’appliquer dans ma classe – je suis enseignante spécialisée – des méthodes pour apprendre à gérer ses émotions. Aujourd’hui, j’ai plusieurs outils qui proviennent de différents champs comme le yoga, la sophrologie, la relaxation, la méditation pleine conscience, la communication sans violence…. J’ai toujours cherché à acquérir ce genre d’outils. Ils ont été très utiles pour moi personnellement et maintenant que j’en ai une relative maîtrise – je reste très modeste et j’ai toujours besoin d’apprendre – j’ai envie de les transmettre et surtout que ma classe soit un lieu bienveillant dans lequel on a envie de venir, soit comme un refuge, soit pour apprendre dans le plaisir…

Eh bien, ton premier séjour touche bientôt à sa fin. Qu’elle va être la suite ?

Alexis : J’ai donc quitté mi-août la ferme et j’aurai une semaine de « vacances ». Je vais rendre visite à un écovillage démocratique : le village de Pourgues situé en Ariège. Je suis curieux de découvrir leur fonctionnement particulier ! Il y a d’ailleurs là-bas Jérôme Thierry (@alcidejet), un monnaie libriste ! Ensuite, je vais aider ma compagne à emménager à Narbonne puis remonter en Alsace. Je débute, dès le 23 août, la saison des vendanges ! Merci Alexia et je te donne rendez-vous pour un prochain entretien.

Moi: Merci Alexis et bonne route !

A bientôt pour le prochain épisode !

Interview d’Alexis réalisé le 15 Août 2018
Alexia007

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