De nouveaux défis pour Alexis !

Un Tour de France, le parcours d’une reconversion
et le message de la Monnaie Libre

Des nouvelles d’Alexis,
notre apprenti paysan !

Tu te trouves en Alsace… tu es devenu vendangeur… ?

Moi : Bonjour Alexis ! Comment vas-tu depuis notre dernier rendez-vous ?

Alexis : Toujours très bien !

Moi : Tu te trouves en Alsace je crois depuis fin août, tu es devenu vendangeur, c’est bien ça ?

Alexis : Parfaitement ! Une nouvelle aventure s’est offerte à moi et j’ai encore appris énormément de choses à travers cette expérience.

Moi : C’était du woofing comme chez les maraîchers ?

Alexis : Non, j’ai bénéficié d’un contrat saisonnier agricole sous la dénomination TESA (Titre Emploi Simplifié Agricole). Ce sont des contrats très flexibles qui durent le temps nécessaire à la réalisation des vendanges. C’est très utilisé dans les emplois saisonniers.

Moi : Tu vivais chez les exploitants ?

Alexis : Non, j’étais hébergé chez les beaux parents. A une époque pas si lointaine, les exploitants hébergeaient les vendangeurs et les liens humains étaient plus forts. Depuis, des normes d’hébergement sont apparues et cette tradition s’est perdue. La tradition voulait même qu’il était possible de prendre des vacances scolaires pour aller vendanger ! A présent, je peux bénéficier d’un contrat saisonnier recevoir un salaire, ce qui a permis d’équilibrer un peu mon budget !

Moi : Oui, je comprends ! Peux-tu nous parler de l’exploitation ?

Alexis : Il s’agit du domaine viticole de BECHTOLD. Il m’a été recommandé par une proche de ma conjointe. C’est un domaine familial de douze hectares dont les parcelles sont réparties dans la région de la Couronne d’Or à l’ouest de Strasbourg. Ce vigneron est vraiment soucieux de la nature et depuis 2007 son domaine est en conversion biologique. Il est à présent certifié agriculture biologique (AB) et biodynamique (Demeter). En effet, leur objectif est de promouvoir une viticulture totalement respectueuse de l’environnement. Donc une utilisation homéopathique et limitée de pesticides et d’herbicides !

Moi : Quel type vin est produit ici ?

Alexis : J’ai découvert que l’appellation des vins est issue du nom des cépages : auxerrois, pinot gris, pinot noir, riesling, muscat (miam !), gewurtztraminer (miam miam !). Selon les assemblages, il peut produire les vins suivant : le Crémant, le Riesling, le Klevner, des Pinots, du Gewurtztraminer… Il y en a pour tous les goûts !

Moi : Très bien ! Ça donne envie d’une petite dégustation ! Comment se passe la journée d’un vendangeur ?

Alexis : Le vigneron nous avertissait des jours de vendange par téléphone. Ces jours dépendaient, entre autres, de la météo et du cycle de la lune. En effet, dans ce cycle lunaire, il existe quatre types de jours : “fruits”, “fleurs”, “racines”, “feuilles”. Récolter les grappes de raisin pendant les jours fruits favorisaient leur qualité.

Dans une journée typique pour un vendangeur, nous arrivions sur les parcelles vers 8h avec en récompense le lever du soleil sur les collines viticoles. Sécateur dans une main et un seau dans l’autre, nous démarrions la coupe des grappes dans les rangées des vignes. Lors de la coupe, nous étions vigilants sur l’état des baies et nous conservions celles qui n’étaient pas pourries ou sèches. Une fois le seau rempli, nous le déversions dans une botiche qui est ensuite transportée sur un tracteur. Vers 9h, nous prenions une pause où de délicieuses sucreries étaient préparées. A midi, nous retournions au domaine pour partager le déjeuner avec, en boisson, les vins du domaine (miam!). Rebelotte l’après-midi où nous terminions en général vers 16h sous un soleil ardent. Cette année, la chaleur s’est prolongée jusqu’en octobre !

Nous étions une quinzaine de vendangeurs dont une moitié était composée de jeunes adultes (moins de 25 ans) et l’autre était composée de retraités, des habitués qui viennent au domaine depuis des années. Ces personnes connaissent l’esprit du lieu, le boulot et sont donc efficaces et ont la totale confiance du vigneron. Il s’agit souvent d’arrondir les fins de mois pour eux mais pas seulement il me semble car il y avait aussi de la joie à travailler et se sentir utile. Ils participaient à l’ambiance familiale du lieu à travers la langue locale parlée que je ne comprenais pas : l’alsacien ! J’ai eu le privilège d’apprendre les injures dans cette jolie langue que je pourrai utiliser consciemment (peut-être pas avec les beaux parents !)

Moi : As-tu eu l’occasion d’échanger sur le choix de faire de la culture biologique ? Quelles étaient les motivations ?

Alexis : Une autre motivation concerne la remise en question du système économique qui conduit à la course à l’argent et au matériel. Aux yeux de l’exploitant, cette conduite nuit à l’homme et à la nature et les prévisions montrent même qu’à cause du réchauffement climatique, le permafrost fondrait et relâcherait une très grande quantité de méthane. Cela réchaufferait d’autant plus la planète. Le passage à l’agriculture biologique permet de “faire sa part”.

Une autre question me taraudait : l’impact environnemental de la culture viticole. Par exemple, le fait de n’exploiter que des vignes sur une grande surface devenait à mes yeux de la monoculture intensive. Je me suis demandé quel était l’impact sur la qualité des sols et sur la biodiversité. Ils m’ont fait remarquer que sans traitement chimique intensif, les pieds de vignes étaient sains. J’ai pu constater que le sol offrait en effet des « herbes folles », et les insectes virevoltaient dans les grappes et dans les herbes. A présent, je suis curieux de découvrir l’impact d’une parcelle avec monoculture intensive sur le sol et la biodiversité pour pouvoir me faire un avis.

As-tu eu l’occasion d’échanger sur le choix de faire de la culture biologique ? Quelles étaient les motivations ?

Moi : Est-ce que tu peux comparer cette expérience avec celle chez les maraîchers ?

Alexis : Ici, contrairement à l’exploitation maraîchère, le vigneron semble très bien s’en sortir financièrement puisqu’il a la capacité d’embaucher une bonne dizaine de saisonniers. Ceci n’était pas du tout le cas chez les maraîchers qui n’ont la capacité de fonctionner qu’avec des woofeurs et des stagiaires. Du coup, je remarque que les agriculteurs ne sont pas tous logés à la même enseigne. Peut-être le business de l’alcool est-il florissant ? Lors de mes échanges, j’ai remarqué à plusieurs reprises la disposition des acheteurs à acheter des bouteilles de vin plus chères pour le goût et une non-disposition à acheter des légumes plus chers. J’étais contrarié d’entendre ces réactions car je savais à présent le dur labeur derrière ces légumes de qualité et le mode de vie sobre associé à cette vie paysanne. Je pose alors la question à ces personnes : à quel type de société souhaitez-vous contribuer ?

Cela dit, je trouve que l’aspect humain, les relations sont plus importantes dans la peau d’un woofeur car il vit avec les exploitants et possèdent le temps de prolonger les conversations. Il me semble que l’expérience woofing est plus enrichissante humainement !

Moi : Il est vrai qu’en vivant en immersion totale chez les agriculteurs, on peut davantage développer d’autres relations que celle simplement d’employeur à employé…. Et puis, on dirait bien qu’il y ait davantage de valeurs ajoutées sur le vin que sur les légumes. Et, étant donné la taille de l’exploitation, je suppose que sa production est en partie dédiée à l’exportation et non pas seulement au commerce local comme c’est le cas chez les maraîchers ou dans les exploitations familiales ?

Alexis : Oui, en effet, une part minoritaire de la production viticole part pour l’exportation.

Moi : As-tu eu l’occasion de parler de monnaie libre pendant cette expérience ?

Alexis : Un peu, à deux ou trois personnes mais le sujet reste encore difficile à aborder et la monnaie libre est très peu développée ici par rapport à l’Occitanie.

Alexis & Booba !

Moi : As-tu eu l’occasion de faire autre chose que les vendanges pendant ce mois de septembre ?

Alexis : Oui, j’ai eu l’occasion d’aller au salon de l’agriculture biologique Biobernai et à une réunion de l’association Alternatiba. Le salon m’a permis de découvrir que l’agriculture biologique est en pleine expansion en Alsace et cela me réjouissait. J’ai également évoqué le sujet de la monnaie libre à un média 100% positif : Les Défricheurs. Peut-être qu’un article à ce sujet sortira un jour des cartons ?

A la réunion Alternatiba, j’ai rencontré un monnaie libriste de Strasbourg (@TomBaumert). Tom est investi dans la participation à une société plus durable. Il contribue beaucoup à la section Alternatives Territoriales. J’ai également entendu parler d’une ZAD (Zone à Défendre) de Strasbourg. Du coup, j’ai essayé d’en savoir plus car visiblement ce problème était brûlant. Eh oui ! Ce n’est pas connu mais ils ont aussi une ZAD ici, comme à Notre Dame des Landes. Et ils viennent de vivre leur évacuation manu militari.

Moi : Tiens donc et quel est le propos de cette ZAD ?

Alexis : La pollution et les embouteillages sont des problèmes récurrents à Strasbourg. Cette ville ne bénéficie pas de périphérique et un axe autoroutier nord-sud traverse quasiment le cœur de la ville. La circulation a d’autant augmenté depuis que l’Allemagne a mis en place des péages pour les transports de marchandises. Il existe un projet de contournement de la ville depuis trente ans. C’est un peu l’Arlésienne, un vieux loup de mer qui ressurgit aujourd’hui, le GCO (Grand Contournement de l’Ouest de Strasbourg). Il s’agit de la construction d’une autoroute payante contournant Strasbourg par l’ouest. Cependant, les associations en faveur de la nature s’opposent au projet car d’après elles, tous les impacts environnementaux n’ont pas été complètement évalués. En effet, cette autoroute doit traverser des exploitations agricoles et des sites naturels et protégés. Aussi, récemment une ZAD s’est montée dans la forêt de Kolbsheim pour ralentir et protester contre la construction de l’autoroute alors que toutes les études sur les différents impacts ne sont pas finalisées. Plusieurs avis publics défavorables ont été émis mais à la suite de la réception d’un avis favorable, le préfet a donné le feu vert pour une évacuation de la ZAD et le début des travaux de déboisement début septembre. Pour mieux comprendre l’ampleur et les implications d’un tel projet, j’invite évidemment le lecteur à faire son enquête et faire son avis !

Moi : Mais que peut-on faire pour Strasbourg car en effet les strasbourgeois ne semblent pas être à la fête avec un taux de pollution constamment en hausse et une circulation impossible dans leur ville. Ça ne doit pas être drôle tous les jours !

Alexis : Alors, bien sûr, je n’ai pas encore tous les éléments du projet en main. Voici quelques idées que j’ai entendu au gré des échanges :

développer les transports en commun, le covoiturage et, à l’instar des allemands, mettre en place des péages. Techniquement, tout est prêt pour depuis le projet sur l’éco-taxe, les équipements sont déjà en place.

Moi : Oui, ce n’est pas toujours simple de prendre position dans ce genre de problème quand on n’a pas toutes les clés. Peut-être auras-tu le temps de creuser la question pour la prochaine fois car je crois que tu restes en Alsace encore pour un petit moment ?

Alexis : Oui, tout à fait. Ma conjointe me rejoint pour les vacances d’automne et ensuite, je vais travailler dans une ferme biologique mais cette fois-ci, il s’agit d’un élevage.

Moi : Waouhhh ! Tu enchaînes défi sur défi ! Tu peux nous en dire déjà quelques mots ?

Alexis : Bien sûr ! L’éleveur a trouvé mon profil d’aide agricole sur Pôle-Emploi (j’ai de la chance !). Mon profil de BAC+5 et de membre d’AMAP l’a intrigué et lui a plu. Sa ferme m’a particulièrement plu car elle agit sur plusieurs fronts : boucherie, traiteur, boutique et lieu de vie social, quelle polyvalence ! Il souhaite organiser des portes ouvertes l’année prochaine dans son exploitation afin de promouvoir ses produits. Il songe à me confier ce projet. Outre le travail à la ferme, je vais devoir l’aider à monter son projet. Je suis plutôt excité à l’idée de ce nouveau challenge complètement nouveau pour moi ! Je commencerai à partir de mi-novembre ma troisième étape chez cet éleveur pour un an. Je détaillerai davantage la ferme lorsque j’y serai !

Moi : En effet, rien à voir avec tes précédentes aventures ! Et quelle est la particularité de cet éleveur pour qu’il souhaite ainsi organiser des portes ouvertes ?

Alexis : Il s’agit d’une ferme en polyculture-élevage. Elle produit des céréales destinées à l’alimentation des bêtes : vaches Salers, poulets cou-nus, et cochons destiné à la boucherie. Il souhaite promouvoir l’activité à la ferme et en faire un lieu de vie social. Cela permettrait aux habitants du coin de mieux comprendre leur travail. Afin d’appréhender un maximum d’éléments, il me propose de rester quatre trimestres pour me forger une opinion sur l’activité.

Moi : Alors là, c’est vraiment excellent ! Je pense que tu vas vivre une expérience très riche. Il me tarde notre prochain entretien pour en savoir plus. Pour l’heure, je te souhaite d’excellentes vacances bien méritées ! Merci encore de nous faire partager tes différentes expériences et points de vue. A très bientôt !!

Alexis : A bientôt Alexia !

A bientôt pour le prochain épisode !

Interview d’Alexis réalisée le 1 octobre 2018
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